J’aime pas l’froid ! 3


J’aime pas l’froid

C’est une évidence, le froid me laisse de glace, la neige m’emmerde, les congères me figent, la montagne me peine et les lacs glacés ne sont bons qu’à finir, éparpillés façon puzzle[i], dans un verre, noyés de Bourbon ou de Gin.

El Hermanito, lui par contre, visiblement aime ça. Il est même allé, poussant dru le grand guignol, jusqu’à publier sur le réseau social une photo de cette saloperie de neige tombant sur les rues de la capitale. Comme si Paname avait besoin de cette saloperie pour ressembler à une poubelle ! Je vous rassure les vieilles rombières et leur syndicat de nuisance suffisent à faire de Paname une ville où il fait meilleur mourir que jouir.

Non, le froid est une pure saloperie, je vous le dis, le froid est une aberration.

J’aime pas l’froid des draps lorsque je m’y glisse. Je lui préfère la chaleur de mon partenaire encore haletant, et imbibé de cette sueur qui magnifie son corps pour lui donner des airs de dieu descendu de l’Olympe pour me rappeler combien la chaleur est douce à ma peau.

Peut-être que cette haine, teintée d’une peur panique, du froid est due aux années où aucun rempart ne m’en protégeait. J’en sais rien et je m’en fous comme de ma première engelure.

J’aime pas le froid qui envahit tant de foyers faute de pouvoir chauffer la maison entière pour concentrer tous les moyens dans « la chambre des petits ».

J’aime pas ces mines défaites d’une nuit à grelotter.

Aux oreillers frais et parfaits, je préfère ceux moites et défaits, rayonnant de la chaleur de ma partenaire, où la transpiration laissée par la marque de notre jouissance nous condamnerait aux fourneaux de l’inquisition des bien-pensants plus aptes à châtier qu’à bander.

J’aime pas le froid de ces cœurs qui, pour quelques messages de plus sur le réseau Swift, emportent dans la tourmente des familles et des pays entiers. À moi, ceux que la chaleur du cœur entraine à la rencontre des caves et des dessous de ponts.

Aux bars froids et aseptisés des quartiers hype, je préfère les odeurs de sueur, les effluves de transpirations des caves et des squats que je fréquentais et où je papillonne encore de temps à autres.

Je bous de la froideur puante des technocrates polis qui, de sourires de convenance en mines hypocrites, mènent à la mort les pauvres gueux qui ne comprennent rien, qui font confiance, qui pensent que c’est mal de ne pas penser au bien, qui pensent, qui croient, qui espèrent, qui ne voient pas le mal, qui ne vivent pas contre les autres, mais simplement, tout simplement, à côté des autres et parfois, lorsque la glace est brisée, qui avec les autres – eh oui, elle va même jusqu’à ce glisser entre nous cette saloperie de glace.

J’aime pas le froid. J’aime pas le froid qui disserte doctement sur les tenants et  les aboutissants, sur les raisons et les causes, sur les chiffres et les données, sur les logiques et les impératifs, sur les conclusions et les commissions, sur les études et leurs rendus. Rendu, voilà bien ce que m’inspire le froid. Je le vomis, je l’exècre et en fait don à aux cols ronds, aux attachés case frigides, qui se dandinent dans leurs manteaux de zibeline.

Aux froids accords de palais, antichambres de toutes les traitrises, je préfère les rudes discussions d’ateliers tenues dans la fournaise des négociations. Là, au moins, il faut avoir le courage de défendre ses positions et assumer jusqu’à la lie ses compromissions.

J’aime la chaleur des échanges, la transpiration des convictions, la sueur de la tâche accomplie. J’aime les veines qui se gonflent sous l’effort et l’émotion et la sincérité.

Ouais, j’aime la fureur et le fracas qui cassent la glace et fendent l’indifférence. Ouais, j’aime la fureur et le fracas qui dispersent en poussière l’altière suffisance de mes ennemis de classe.

Arrivé là, je peux bien l’avouer, j’ai un faible pour le sang chaud ruisselant le long du manche en bois par l’effort conjugué de la tête, du bras et du cœur d’un piolet vaillamment encré/planté/cloué au plus haut de la tête de l’hydre.

Un jour prochain, plus proche peut-être que beaucoup ne le pensent, les piolets chanteront le chant de la liberté et de l’insurrection. Bientôt, Carmela se réveillera et sifflera de nouveau à l’unisson de nos piolets hauts levés.

 


[i] Mais non gros nigaud, c’est pas de moi mais de Mônsieur Audiard himself. Arrêtes de mater des films de cul et cultivationne un peu ton côté obscure. Files vite visionaliser « Les tontons flingueurs » et tu mourras moins bête.


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