Art. 143.1


Art. 143.1 : Celui qui provoquera le suicide d’un tiers sera puni d’une peine de prison de quatre à huit ans

Cet article du code pénal espagnol n’est pas utopique, n’est pas le fruit d’une nuit enfiévrée ni même d’une soirée un peu trop arrosée passée à refaire le monde entre potes. Cet article du code pénal existe bel et bien en Espagne.

A cette heure, le nombre de suicides directement liés aux « desahucios » [i] s’élève à 4. Quatre victimes de la règle implacable que les banques mènent à bien avec l’appui du gouvernement dirigé par Mr Mariano Rajoy, membre du Partido Popular et par Mr Luis de Guindos Jurado son ministre de l’Economie et de la Compétitivité.

Fascisme et Capitalisme vont si bien ensemble

Si je suis particulièrement précis dans la dénomination des uns et des autres, c’est parce que j’espère qu’en Espagne, les familles, les proches, les amis ou les collègues des 4 victimes d’un régime fasciste porteront plainte devant les tribunaux pour qu’une enquête soit faite pour déterminer les responsabilités des uns et des autres.[ii]

Victime de la police, le #14N, en Espagne

Certains penseront que le terme fasciste n’est pas approprié et pourtant. Un régime fasciste est notamment caractérisé par son autoritarisme, son recours systématique à la violence et un contrôle extensif de la société civile. En outre, il considère qu’il existe des individus supérieurs à d’autres. Alors lorsque je vois la situation en Espagne, je ne peux m’empêcher de caractériser le pouvoir en place comme un pouvoir fasciste avec tout ce que cela suppose de danger et de crainte.

Il est entendu que les gouvernants ne sont pas seuls à être impliqués dans ces crimes mais ils sont en première ligne et devront tout comme les dirigeants des banques qui ont ordonné ces évictions, se retrouver devant les juges.

En Espagne, comme dans le reste de l’Europe, le gouvernement libéral va renflouer les banques au détriment des populations. Ainsi ce n’est pas moins de 75.000 millions d’euros qui leur seront versés. Une grande partie de ce plan de  « sauvegarde des banques » est déjà réalisé puisqu’un premier versement de 45.000 millions a déjà été réalisé sur le compte du Fonds de restructuration Ordonné Bancaire (FROB) en novembre, un second versement de 15.000 millions d’euros est prévu pour décembre et un troisième d’un montant de 15.000 millions devra avoir lieu en juin 2013. Ainsi pas moins de 75.000 millions d’euros seront versés aux banques.

Vous rendez-vous compte de la situation ? Des incapables à la tête d’organisations privés dilapident des fonds qui ne leur appartiennent pas et au lieu d’être licenciés et sujet à des enquêtes sur leurs pratiques ils sont reconduits dans leurs fonctions et leurs privilèges. Mais nous, nous qui n’y sommes pour rien si ce n’est nous être faits une première fois escroqués par des crédits honteux et des hypothèques coupables, nous nous faisons voler le peu que nous avions réussi à épargner.

Le changement … c’est pour quand ?

En Espagne, aujourd’hui, c’est la droite postfranquiste qui gouverne mais ces 4 dernières années ceux ne sont pas moins de 400.000 « desahucios » qui ont eu lieu. De plus, il ne faut pas oublier que le processus qui mène à cette fin tragique dure prend entre 15 à 18 mois. Les « desahucios » que nous voyons aujourd’hui ont donc commencé en 2010 et 2011. Et devinez qui était au pouvoir avant Mr Rajoy ? Un certain Mr Zapatero, d’un certain Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (sic), un parti frère que le Parti Socialiste Français félicite encore aujourd’hui pour sa gestion courageuse (sic !).

Là-bas, en Espagne, c’est le Parti Socialiste qui a entamé une politique d’austérité et la droite qui la poursuit. Ici, en France, c’est Mr Sarkozy qui l’a entamée et Mr Hollande, qui la poursuit.

Nous avons tous entendu la conférence de presse de Mr Hollande, rien dans ce qu’il a déclaré ne nous donne de quoi sourire contrairement à ce qu’il a tenté de nous faire croire. Rien dans l’attitude des députés socialistes ne nous laisse voir qu’ils élèveront la voix lorsque cela sera nécessaire pour empêcher que ce gouvernement ne plie l’échine devant les forces du capital qui ne manqueront pas de venir demander leur dû d’ici quelques temps. Avant-hier déjà, ils ont plié devant quelques pigeons batifolant dans la mare. Hier encore, ils ont plié devant 98 nantis, amis intimes des patrons des banques espagnols, qui exigeaient qu’on les laisse piller tranquillement le pays.

Encore une opportunité de relever la tête

Pascale Le Néouanic & Pierre Ouzoulias

A ce jeu, la droite s’ennuie. Elle n’a plus rien à faire, si ce n’est s’assurer que rien en change. Alors si vous n’étiez pas dans la rue aujourd’hui et que vous habitez quelque part dans la 13éme circonscription[iii] des Hauts-de-Seine, vous avez encore la possibilité de montrer votre désaccord avec cette politique porteuse de misère et de désastres humains.

Ne nous laissons plus mener par le bout du nez, le bulletin de vote est l’arme la plus puissante dont nous disposions. Avec elle, nous pouvons porter à l’Assemblée nationale une élue qui défendra nos intérêts, une élue qui se battra pour plus de justice sociale, une élue qui ne sera intimidée ni par les forces de l’argent, ni par les dictats d’un gouvernement qui baisse la tête devant les puissants et impose aux plus faibles une vie de sacrifices en attendant un hypothétique « changement maintenant » !

Le 9 et 16 décembre nous devons voter pour Pascale Le Néouanic, candidate du Front de gauche, pour que l’Assemblée nationale se fasse l’écho des aspirations du peuple français. Je ne veux pas être obligé de vérifier si l’article 143.1 espagnol existe ou non dans le code pénal français.


[i] Desahucios : évictions

[ii] Selon la Plate-forme des Victimes des Hypothèques, le nombre d’expulsions durant le premier trimestre de l’année, atteint le chiffre de 46.559, c’est-à-dire, 517 expulsions par jour.

[iii] 13e circonscription des Hauts-de-Seine : Antony, Bourg-la-Reine, Châtenay-Malabry et Sceaux