De l’abstention et du FdG


Avertissement au lecteur

Il ne s’agit ici que de mon analyse et elle n’a pas vocation à leçon, mais à discussion et réflexion.

Avant propos à titre de rappel

La France du « travail » n’est pas allée voter ni pour la social-démocratie radicale[i] ni pour la social-démocratie libéral ni pour la droite ni pour les fascistes.

Mise en garde

47,64% de la population a jugé que les candidats qui allaient gérer leur commune n’étaient pas dignes de leur intérêt. Moi, militant de la révolution sociale, je considère que c’est de mon devoir d’y réfléchir.

portesMes ainés, ceux qui m’ont formé à la politique, n’avaient de cesse de me dire qu’il fallait en premier lieu s’intéresser aux effets de masse ou dynamique de groupe, ensuite aux détails moins signifiants et, pour finir, si nous avions le temps, à la guerre de clochers[ii].

Je voudrai rapidement préciser un point. Je ne considère pas qu’une abstention majoritaire à des élections soit, à proprement parler, une catastrophe. L’abstention peut signifier une multitude de choses contradictoires, tout comme le vote pour un candidat. J’estime donc qu’il convient de l’analyser au prisme des mouvements de pensées qui parcourent nos sociétés.

Évidemment, il faut pour cela admettre que le peuple est apte à se gouverner lui-même. Et, qu’à tout le moins, il perçoit à quel moment ceux qui prétendent les représenter et obtenir d’eux une délégation de son pouvoir sont ou ne sont pas sincères.

Du triple rôle du gouvernement

Responsable d’avoir trahit ses engagements, non pas circonstanciels, mais les engagements historiques du parti dont il est issu. Le Parti socialiste demeure pour l’extrême majorité des gens LE parti socialiste, celui de l’avancée des droits, celui qui œuvre à une plus grande justice sociale. Mr Hollande est celui qui a rendu publique cette trahison des idéaux originels.

IMAG0040Responsable de mener une politique oublieuse des gens qui souffrent de plus en plus et dont le sentiment s’insécurité grandit chaque fois que les protections sociales – au sens large du terme – s’amenuisent sous le coup des dérives libérales. Vivre avec la peur de perdre son emploi sur un coup de dès boursier, que sa boite se porte bien ou non, engendre de manière directe et brutale la peur[iii] du lendemain.

Responsable, enfin, et c’est là, à mon sens, que le mal est le plus important, de mener exactement la même politique que celle du gouvernement précédant.

Les reniements, les tromperies et la proximité du gouvernement de Mr Hollande avec celui de Mr Sarkozy, tout aussi soumis à la troïka[iv] européenne, expliquent en grande partie le dos tourné que nous adressent les électeurs[v].

Cependant, quel que soit le rôle du gouvernement dans cette défiance des électeurs, il ne constitue pas la seule explication, loin de là. Si les électeurs voulaient simplement signifier leur mécontentement de ceux qui les gouvernent aujourd’hui, ils se seraient tournés vers les candidats issus des autres forces politiques qui leur proposent une autre orientation, un autre projet de société.

Et nous la-dedans ?

Les élections municipales sont probablement les élections qui intéressent le plus nos voisin-es de pallier pour la simple et sacrément bonne raison qu’il s’agit de l’échelon où nous avons les plus grands moyens d’action sur celles et ceux à qui nous avons délégué une partie de notre pouvoir.

Alors comment expliquer que les électeurs, particulièrement mécontents de ce que leurs proposent les « majors de l’entertainment citoyen» ne se ruent pas vers les autres propositions ?

la peurComme vous avez pu le deviner un peu plus tôt dans la lecture, je ne parlerai pas ici des motivations du vote fasciste. L’abstention, parce que germe potentiel de lendemains qui chantent, mérite un traitement autrement plus sérieux que celui qui consiste à proclamer « le peuple est con, il se rue sur les extrêmes ». Sans entrer dans les mille et une variantes ou originalités locales[vi] (même si pour certains cela vaut recomposition du paysage politique – c’est vous dire où on en est arrivé !), la vérité c’est que le FdG se prend une gamelle comme tout le monde. Il ne gagne que là où il est sortant et bien implanté et perd là où le boulot n’a pas été fait correctement ou, autre manière de dire les choses, fait de manière trop éloignée des populations dont ils avaient mandat.

Évidemment, quelques exceptions (Grenoble ou Montreuil) donnent du baume au cœur et laisseraient présager que nous sommes sur la bonne voie. Moi j’y vois, outre le travail militant local, des victoires dues principalement à des adversaires encore moins méritoires que nous. Je parlerai pour ma part de victoires prises sur des défaites.

Croyez-vous que nous ayons les moyens de laisser ces deux victoires nous aveugler ? N’est-il pas clair que le Front de Gauche, devenu simple cartel par la grâce du personnel politique actuel, n’acquiert que bien modestement la confiance de celles et ceux à qui nous avons dit « Prenez le pouvoir ! ». Au contraire, au regard des promesses dont il était porteur, ceux qui ont éteint méthodiquement l’idée maitresse qui l’animait sont responsables du désintérêt que nous ont porté les électeurs.

l_etat_c_chacun_de_nousOù est donc la fameuse « Place au Peuple » ? A quel moment avons-nous fait en sorte que le peuple participe ? Quelles actions, quel militantisme nouveau avons-nous promus ? Quelles instances avons-nous ouvertes pour que chacun s’y sente chez soi ? Quelles mesures politiques avons-nous discutées ensemble ?

Ne cherchez pas, vous ne trouverez rien, nada. Comme alors, s’étonner qu’un peuple adulte ne nous regarde de haut et nous renvoie à nos chères études et promesses ?

Les assemblées citoyennes sont loin, bien trop loin, étaient-elles pour autant de simples gadgets ? Pour en avoir coorganisées, pour en avoir discuté avec des militants de la France entière, issus de l’ensemble des partis intégrés dans le FdG, je peux dire que l’immense majorité des militants pensaient le contraire et avaient la ferme intention de continuer ce beau travail militant. Mais on ne peut demander aux gens de se réunir, de prendre la parole en public, de partager leurs idées si ensuite, tout ce travail ne sert à rien, si les propositions créées ne sont reprises nulle part et se perdent dans les arcanes d’une organisation inexistante.

Les directions[vii] actuelles des partis parce qu’incapables d’adopter une attitude au niveau de l’exigence demandée sortent fragilisées de cet épisode, au peuple d’en profiter pour reprendra la main et se réapproprier le pouvoir qui est le sien et qu’il n’aurait jamais dû déléguer.

Le Front de gauche parce qu’incapable de se doter d’une organisation digne de ce nom est à la croisée des chemins, passera-t-il à l’histoire comme une coalition de plus pour quelques poignées d’élu-es ou, et je le souhaite profondément, saura-t-il se réinventer ?

Appel-national-assises-fdg

Appel national pour des assises du FdG

Si nous voulons faire de l’abstention un atout, nous devrons entendre pleinement le message qu’elle nous envoie. Je ne crois pas, à l’inverse des agents de liaison du pouvoir en place[viii], que celles et ceux qui ne se sont pas rendus aux bureaux de vote considèrent dans leur ensemble que gauche et droite sont la même chose ou, pire encore, que la politique n’ait plus les moyens d’agir.

Je considère, au contraire, que la plupart des abstentionnistes ne supportent plus que l’on prétende les gouverner sans les faire participer activement.

S’il existe une multitude de réponses adaptées à cette exigence légitime, la première d’entre elles ne consisterait-elle pas à tenir les promesses que nous avons faites ? Faisons « Place au peuple » pour construire le Front de gauche, et je fais le pari que si « Le Peuple prend le pouvoir » sur ses outils les choses risquent de changer radicalement.

C’est dans ce sens, et uniquement dans celui-là, que je suis signataire de l’Appel national pour des Assises du Front de Gauche. D’ores et déjà j’œuvre, à ma mesure, dans ma ville, pour que cet appel prenne vie.

Que vous soyez adhérent dans un parti, militant du Front de gauche ou militant qui veut que la gauche mette en pratique les beaux discours qui sont les siens, envoyez quelques mails à vos contacts, retrouvez-vous sur terrasse, dans une salle communale, dans un square et commencez à réfléchir entre vous. Et, parce que rien ne remplace l’intelligence collective, élargissez aux communes avoisinantes. Un site temporaire a été créé pour l’occasion, laissez-y vos contributions avec vos coordonnées.

Ensemble nous pouvons et devons lancer le processus constitutif du Front de gauche.



[i] Je ne parlerai de gauche radicale que dès lors que les slogans tels que « Place au peuple » ou « Prenez le pouvoir » soient autre chose que des slogans et deviennent des pratiques réelles.

[ii] Vous croyiez que c’était l’inverse ? Sans blagues ! Pourquoi je ne suis pas étonné ?

[iii] Je voudrai traiter de ce sujet dans un autre papier mais vous pouvez toujours vous référer à ceux déjà publiés sur ce blog si mon opinion sur le sujet vous chaut.

[iv] Troïka : Formée en 2010, en dehors des traités européens, pour mettre en place les « plans de sauvetage » de la Grèce, puis de l’Irlande, du Portugal et de Chypre. Elle est composée de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne (BCE) et du Fonds monétaire international (FMI).

[v] Je précise électeurs car il ne s’agit que de la partie visible de l’iceberg. N’oublions pas qu’une grande partie des gens résidants en France ne vote toujours pas.

[vi] Celui-ci obtient, peu ou prou, les mêmes résultats, quelles que soient les formes sous lesquelles il se présente devant les électeurs (FdG canal historique, FdG+NPA, FdG+EELV, FdG+EELV+NPA ou semi-FdG+X …)

[vii] Ne nous méprenez pas, lorsque je parle de direction je ne parle pas exclusivement des chefs au niveau national mais bien de l’ensemble de la chaine de transmission.

[viii] Je ne vous ferai pas l’insulte de vous rappeler