Vos vies sont précieuses 4


Bonjour camarades,

Le billet que j’écris ici ne vous fera peut-être pas plaisir. Nombreux seront ceux qui le considéreront comme un coup de poignard dans le dos de combattants pour le droit et la liberté syndicale. Peut-être, les mots utilisés ne seront pas les meilleurs pour exprimer mon opinion concernant le choix d’action que vous avez fait. Peut-être mes phrases ne sauront-elles exprimer au plus juste mes craintes pour vos vies, mais en conscience je me dois de le faire.

Devant le commissariat

Je n’écris ni sous l’emprise de l’émotion, ni pour donner des leçons. Je suis de ceux qui considèrent que le militant politique ne doit pas s’immiscer dans l’action syndicale mais je suis aussi partisan d’un syndicalisme révolutionnaire. Oui, chacun gère ses contradictions comme il le peut et avec le courage qui est le sien. J’imagine que je suis, en l’espèce, confronté à tout cela à la fois.

La lettre que je me décide enfin à vous adresser aujourd’hui est le fruit d’un profond malaise et d’une réflexion pénible.

En Mars dernier, lorsque vous vous étiez confrontés à la direction pour dénoncer et refuser la fermeture de votre usine, j’expliquais déjà la « culture d’entreprise » qui règne à Peugeot. Héritage dont, visiblement, les dirigeants d’aujourd’hui sont fiers. J’évoquais déjà les violences patronales dont s’était rendue coupable la direction de l’époque de Peugeot. A l’époque déjà, j’attirai l’attention du risque réel que vous encouriez face à la direction de PSA Peugeot. Je m’étais alors, avec mon camarade Florent, rendu plusieurs fois sur le lieu de vos actions comme devant le commissariat du 18ème où certains parmi vous avaient été mis en garde à vue.

Billet de l’époque de mon ami Florent

Aujourd’hui la donne est autre. Vous avez décidé en conscience et, j’en suis certain, après mûre réflexion, d’entamer une grève de la faim pour signifier votre refus d’être méprisés. Vous avez décidé de mettre dans la balance votre santé, vos vies pour faire reconnaître vos droits. Je ne connais aucun d’entre vous personnellement, à vrai dire je ne connais personne qui ait le courage de mettre en danger sa vie comme vous le faites pour une cause juste et noble. Non, aucun et pourtant j’en connais des têtes dures qui ne reculent devant aucun obstacle et ne baissent la tête devant personne, fusse-t-il l’un des dirigeants les plus puissants de cette planète.

Nous pouvons toutes et tous, frères de classe, être fiers du courage qui est le votre. Mais parce que nous sommes frères, nous devons également prendre soin les uns des autres. Je ne peux me résoudre, camarades, à vous voir mettre votre existence en danger. Certes le combat dans lequel vous vous êtes lancés est digne de tous les sacrifices mais rien ne vaut une vie humaine. Nous n’en sommes pas encore à cette étape… elle viendra assurément, mais pas aujourd’hui.

Ceux ne sont pas vos vies qui doivent, aujourd’hui, être mises en danger, mais bel et bien, les avantages, les capitaux et les dividendes de ces dirigeants rapaces qui vous laissent crever devant les grilles de votre usine. Aucun camarade digne de ce nom, aucun camarade conscient, aucun camarade sérieux, aucun camarade sincère ne peut se satisfaire de voir l’un des nôtres se mettre en danger. Je n’ose imaginer que d’autres avant moi ne vous l’aient déjà dis et si tel n’est pas le cas, qu’ils ne me saluent plus, ce sera peine perdue.

Nos ennemis sont au gouvernement

Je sais néanmoins que nous sommes nombreux à être inquiets, à être profondément perturbés par l’action que vous avez entreprise. Je sais que, nombreux, nous ne savons comment vous le dire. Peur de vous porter préjudice, peur d’être incompris … mais que sont ces peurs ou ces doutes devant le danger auquel se confrontent les plus courageux d’entre nous ?

Pour ma part, je veux bien prendre tous les reproches que l’on voudra me faire. J’assume.

Camarades la mise en danger de l’un des nôtres n’est pas, ne peut pas être, une solution. Vous avez déjà prouvé à la France entière que vous avez plus de dignité que la plupart.
Camarades, nous aurons besoin de vous, vos collègues, vos amis, vos familles, auront besoin de vous à leurs côtés pour mener les batailles que le patronat et ce gouvernement ne manqueront pas de nous déclarer.
Camarades, humblement, modestement, je me permets de vous demander d’arrêter votre grève de la faim.

Vous avez déjà gagné. Vous avez révélé à la face du monde que les « dirigeants » de Peugeot ne valent rien et ne sont rien.

 

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4 commentaires sur “Vos vies sont précieuses

  • Sauvage Laurence

    Bonjour,
    Je viens de prendre connaissance du message de José. « Rassurez-vous », pas un camarade sur place ne pousse à la continuité de l’action, bien au contraire. Ils font le maximum jour et nuit pour soutenir les 7 grévistes. Pas d’autres prises de décisions, elles appartiennent aux grèvistes et à eux seuls. Donc José, tu pourras continuer à les saluer comme il se doit. Mais tous les mots et tous les écrits ne peuvent freiner leur détermination. C’est ainsi. Un camarade plus haut disait que le syndicaliste choisit lui seul sa forme de mouvement d’action. La ils sont 7 a avoir choisi la grève de la faim et à demander notre soutien. Je ne vais pas m’étendre sur ce que j’ai lu, le fond correspond à ce que nous pensons, notamment que mettre sa vie en danger face au capitalisme n’est pas une forme d’action habituelle, mais nous sommes un parti politique de soutien et nous les soutiendrons jusqu’au bout de leur action. Dont acte. Laurence Sauvage, SN en charge des luttes sociales et Jean-Michel Mespoulede, animateur du secteur luttes.

  • Arthurin

    Il est difficile, à moins d’être résolument insensible à toutes choses, de ne pas comprendre le sentiment qui t’anime l’Ibère.

    Permet-moi cependant de t’inviter à reconsidérer ton appréciation, ce même si ma voix doit dissoner.

    Attendu que le motif de lutte de nos camarades est juste et que le moyen choisi l’est pour qu’il ne soit pas dit qu’ils sont des criminels ou des fous ; nous ne pouvons leur intimer de renoncer.

    Leur action n’est pas uniquement destinée au « camp d’en face » mais à nous aussi. S’ils meurent, ils ne mourront pas tant de faim que de ce que nous aurons permis qu’ils meurent, en ne faisant pas cesser ce qui motive ce qu’on peu déjà nommer leurs sacrifices.

    Ils sont le miroir de nos renoncements, nous ne pouvons détourner les yeux.

  • Rouby Michèle

    Preuve en est que l’imposture fait force de loi et cette grève le démontre. L’humain, la vie humaine est hors sujet pour le business mondial et ses co-équipiers gouvernementaux, fondé sur le mensonge et la tromperie.
    Oui camarades vous en avez fait la démonstration. Votre vie vaut davantage avec cet héroïsme, préservez-la désormais. Ecrivez votre expérience, témoignez, mais n’attendez pas une réaction humaine là où vous avez démontré qu’il n’en est pas question et qu’il faut sortir de ce malentendu. Merci José d’avoir le courage de le dire, j’emboîte ton pas de tout coeur.

  • babelouest

    J’ai connu des grévistes de la faim. Ce moyen terrible est parfois le dernier recours contre une oligarchie inhumaine, s’il est bien médiatisé. Seul le gréviste lui-même peut choisir sa forme de mouvement. C’est une forme ultime de sacrifice. Elle a beaucoup de poids.

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