Convergence des luttes


« Se fondre dans les cauchemars des autres reste encore la médecine la plus fiable pour s’extirper des siens » C’est mi abuelito qui disait ça. Même là il avait raison le vieil homme.

IMG_1914Je reviens de quelques jours dans les Bouches du Rhône, probablement la région de France d’où sortira une alternative concrète à la moisissure qui envahit ce pays.

Initialement je ne devais « descendre » que samedi soir pour fêter l’anniversaire d’un ami récent qui, en peu de temps, a su se faire une place dans mon estime et ma mémoire. Entre temps j’ai appris que les camarades du Parti de gauche d’Istres[i] organisaient une journée toute particulière en soutien aux « fralibiens ». Cette journée faisant écho, par anticipation, à la journée qu’ils organisaient eux-mêmes le lendemain dans LEUR usine.

Du coup forcément je me suis fait un devoir d’être présent dès jeudi pour en être à Martigues et à Gémenos. Puis, de fil en aiguille, et après 2 coups de fils à des camarades locaux, nous avons convenu de nous rencontrer pour avancer sur une idée qui me tient à cœur, l’organisation d’un séminaire ouvrier sur la propriété privée.

Propriété privée, rêve ou vol ?

Sous-titre : Quand on sait où l’on veut aller, le chemin est facile

Logo-Seminaire-OuvrierSans entrer dans le détail de ce que nous organisons, je veux tout de même vous annoncer que nous mélangerons philosophie, politique, luttes réelles et camaraderie. Ce sera dans un lieu symbolique et avec des intervenants de tous milieux et de toute extraction sociale, oui c’est un mot poli et savant pour dire qu’il y aura des chercheurs et des ouvriers, des militants et des non militants, mais ça c’est la marque de fabrique des séminaires ouvriers.

Le plus important la dedans, c’est juste le fait que lorsque l’on travaille avec des personnes « normales » et bien tout est « plus simple que ça » à mille lieux du « c’est plus compliqué que ça » qui permet aux imbus d’eux-mêmes de faire croire que même lorsqu’ils bougent une oreille cela est digne de louanges et de mérite adulation et prosternation.

Nous aurons donc organisé un séminaire ouvrier sur un thème ardu comme la notion propriété privée en exactement le même temps que nous avons bu nos cafés. Quand on a conscience de tout le travail que nous avons à faire, le temps est un luxe dont nous ne disposons pas.

« Ils sont extraordinaires », « votre lutte est exemplaire »

Sous-titre : Flatter pour mieux se contempler

Combien de fois nos camarades de Fralib auront-ils entendu cette litanie ? Combien de meetings, de réunions politiques, de discussions de militants auront entendus, à un moment ou à un autre, cette évidence ?

Bien entendu, nos camarades ont conscience que leur lutte est un exemple. Ils savent bien qu’ils ouvrent des brèches, créent des espoirs et alimentent d’autres salarié-es à travers tout le pays. Est-ce pour autant que la vie est douce ? Est-ce pour autant que l’on dort la nuit et, qu’au matin, on aime se réveiller ?

Les marques Unilever 1/2

Les marques Unilever 1/2

Nous étions un bon nombre, environ 600, à les entourer jeudi lorsqu’ils sont arrivés du tribunal des Prud’hommes de Marseille. Il fallait être aveugle ou bien égocentré pour ne pas se rendre compte de la dureté du moment qu’ils traversent. Figurez-vous que le matin, la juge des prud’hommes de Marseille dans son absolue sagesse venait de fixer au 18 septembre le rendu de la décision qui prive depuis 3 mois les salarié-es de Fralib de salaires. Je répète histoire d’être certain que vous ayez bien compris : LES SALARIE-ES DE FRALIB N’ONT AUCUN SALAIRE DEPUIS 3 MOIS ET CE N’EST QU’EN SEPTEMBRE QU’ILS SAURONT S’ILS EN AURONT UN ! C’est bien rentré cette fois-ci ?

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Les marques Unilever 2/2

Alors vous comprendrez que répéter comme cabris « leur lutte est exemplaire » sans ne jamais mettre la main au porte-monnaie pour les aider c’est un peu comme … non je ne perdrais plus mon temps à faire des comparaisons. Ras le bol. Je ne me laisserai plus polluer.

Donc j’en viens à l’essentiel. Il faut aider financièrement nos camarades de Fralib. Il faut boycotter les produits de la marque UNILEVER. Regarder le tableau ci-dessous et empressez-vous de faire tourner le mot.

La Convergence des luttes

Sous-titre : Pour construire, il faut être crédible. Pour être crédible, il faut travailler.

Le lendemain, vendredi 26 juin 2013, les fralibiens accueillaient dans LEUR usine ce qui sera le ferment de la lutte des classes au 21ème siècle et qui, très probablement, éclairera nos luttes pour les années à venir. François Hollande et son gouvernement feraient bien de regarder de près,  de très près ce qui s’est passé[ii].

Appel du carrefour des luttes à Fralib le 28 juin 2013

Appel du carrefour des luttes
à Fralib le 28 juin 2013

Ce qui s’est passé ? C’est très simple, simplissime, une évidence. Tous les militants, chacune des salariées, chacun des salariés qui mènent une lutte dans son boulot sait que la lutte de Fralib est importante pour chacun d’entre nous. Tout comme nous savons tous que ce n’est que dans l’union (un tantinet différent de l’unité) que nous arriverons à peser sur le système et sur les tenants des rênes du pouvoir[iii].

Donc mes amis et camarades de Fralibs ont lancé un appel à la convergence des luttes. Vous pouvez lire cet appel ici même ou, mieux encore, sur le site qui recueille l’ensemble des textes, arrêtés de justice, tracts d’appels et autres communiqués de presse.

Voyez-vous, le front des luttes est né à Gémenos et il s’appelle Convergence des luttes. J’en étais ! Avec mes camarades Hélène le Cacheux, François Longérinas, Benoit Borrits avec qui nous avons organisé le séminaire ouvrier sur l’Economie Sociale et Solidaire et une multitude d’autres militants et camarades de plus de 36 délégations venant de toute la France. Pour celles et ceux qui n’y étaient pas je reprendrais un vieux jingle à la mode dans les années 80 ou 90 « Dommage Eliane »

J’attends avec impatience la prochaine étape de cette convergence. Quelle qu’elle soit, je suis certain qu’elle marquera. Pour ma part, j’ai refilé une idée. On verra bien. En tout cas je serais fier si elle était reprise.


[i] Mes camarades ont d’autant plus de mérite qu’ils ont su affronter toutes les « oligarchies » locales, internes comme externes, pour imposer leur vision, faire place nette dans les batailles rances d’arrière court et éclairer l’action militante. Ils ont d’autant mieux réussi que beaucoup voudraient s’accaparer leur réussite et leur boulot.

[ii] Navré mais je peux ici éviter de partager avec vous la plus grosse rigolade de cette année 2013. Nous venons d’apprendre que les Etats-Unis d’Amérique du Nord (oui c’est comme cela que l’on nomme les USA chez nous en Espagne) espionnent (je n’utilise pas le passé puisque très probablement ils continuent encore) les états du vieux continent, les ambassades, les conseils d’administration des grosses boites, les alcôves du pouvoir européen et tutti quanti. Alors de 2 choses l’une, ou ceux qui font mine de découvrir l’espionnage sont niais ou ils se foutent de notre gueule. Il m’est avis qu’ils sont pas plus cons que moi et vous … quoique sur vous, parfois, j’ai des doutes raisonnés. Ha, au fait, nous, nous n’espionnons plus la Chine, l’Inde, la Russie, le Venezuela, Nous n’espionnons plus personne et toi, dans le métro, tu ne regardes pas pardessus ton épaule le texto que vient de recevoir ton voisin ? Laisse-moi rire.

[iii] Je me permets ici de pousser le bouchon encore plus loin au risque de déplaire aux plus béats. Ce n’est que dans l’union des travailleurs que la classe politique, de gauche PS’tyle comme de gauche sérieuse, prendra la mesure de ce qu’il convient de faire dans le réel.