Tranche de vie en Cagolie mineure


Marche-NoaillesCette fin d’après-midi, nous nous étions donné rendez-vous à Noailles pour informer les voisins, de l’un des quartiers les plus populaires de Marseille, sur les actions engagées dans la ville pour lutter contre une loi, la #LoiTravail, qui veut protéger les patrons contre les salarié-es.

Je reviendrai une autre fois sur l’accueil qui nous a été fait et les encouragements qui nous ont été adressés, mais je voudrais maintenant vous narrer une petite tranche de vie des militants qui ne se contentent pas de s’agiter sur les réseaux sociaux ou de jouer aux cartes dans des réunions insipides et infertiles de leurs organisations respectives bien au chaud autour d’un café grand cru ou douillettement affalés dans leur concupiscente admiration pour leur guide à tout faire ou encore, plus prosaïquement, plongés dans un grand jeu de rôle où chacun s’évertue à imaginer le grand soir, l’aube nouvelle de l’imminente révolution prolétarienne teintée.

Nous nous sommes donc retrouvés à 5 sous le hall du métro Noailles. Ouais, excusez nous d’avoir privilégié le confort bourgeois du hall, à la rudesse révolutionnaire de la pluie, mais il nous est apparu que cela serait plus approprié pour une distribution de tracts non imperméabilisés (parce que ouais, les gars et les filles même ici, en Cagolie mineure, il arrive qu’il pleuve).

Infos-Action-LoiTravail‘fin bref, alors que nous étions sur place depuis quelque temps, une jeune femme qui prenait un ticket de métro au distributeur automatisé (oui, parce qu’il faut vous dire que les guichets avec du vivant dedans, ici, comme ailleurs se font rares, pour ne pas dire inexistants) Donc cette jeune femme, en récupérant son larfeuille dans son sac fait tomber un bifton de 20 skuds par terre.

Imagine la scène ! Une nana, jeune, plutôt mignonne, seule, fait tomber une fortune par terre. Elle, la pauvre naïve, se rend compte de rien. Le billet, lui, traine seul et abandonné sur un sol détrempé par la pluie adverse.

Autour, plein de « racailles », de « sans dents », de ceux qui bossent pour une misère ou qui bossent pas du tout. Enfin, vous l’aurez compris, de ceux que les gens regardent de travers, de ceux que le « petit blanc » jetterait bien à la baille si sa borgne fétiche venait à prendre le pouvoir.

Pour le dire en un mot, autour il n’y avait que ceux que les médias, la classe politique et les journaleux en manque de caresses (ou de croquettes) de leurs directions qualifieraient d’un revers de la main, et le visage plein de morgue et de dégoût, de : population à risque des quartiers à fort potentiel pauvre, voir étrangers d’ascendance basanée.

Alors, moment de tension intense.
Le silence s’abat.
Les mouettes s’immobilisent dans leurs vols.
Le vent, soudain, cesse.
Un éclair traverse le ciel.
Le tonnerre glace les sangs.
Les caméras de Jean-Pierre Pernaut arrivent.
Le JT de BFM fait une édition spéciale.
Nicolas Demorand prend l’antenne en direct.
La fille du borgne envoie un communiqué de presse à la presse internationale.
La bimbo du Fn local demande l’asile politique à Poutine, le financier de son parti.

T’imagines, la scène, mec. Tu te fais une idée meuf ?

C’est dans cette ambiance de carnage que … Ben que tout le monde prévient la jeune femme qu’elle a fait tomber 20€
Ouais l’ami-e, pas un pour ne pas la prévenir.

Pourtant, ces 20€ représentent probablement une fortune pour chacune des personnes qui étaient là. Et malgré ça, toutes et tous, nous l’avons prévenu.

Imagine une seconde, la même scène si d’aventure, #Gattaz et le #Medef étaient passés par là. Ils auraient tôt fait d’ordonner à ses laquais de ramasser le billet pour lui donner.

Comment ça j’exagère ? Tu l’as pas lu, toi, la saloperie de #LoiTravail ? Parce que c’est exactement ce qu’elle fait et que le gouvernement tente de mettre en place.

La preuve ?

Loi

Bon, après, tu fais comme tu veux. Tu as le droit d’accepter d’être humilié ou celui de te rebeller.